1. Nkauj Nyiag thiab Tus Hluas Nraug
Puag thaum ub, muaj ib tug nkauj Hmoob ntsuab zoo nkauj, lub npe Nkauj Nyiag. Nws muaj ib tug hluas nraug, nkawd sib hlub heev. Tab sis tus hluas nraug mob tuag, tso ntiaj teb mus ua ntej.
Puag thaum ub, muaj ib tug nkauj Hmoob ntsuab zoo nkauj, lub npe Nkauj Nyiag. Nws muaj ib tug hluas nraug, nkawd sib hlub heev. Tab sis tus hluas nraug mob tuag, tso ntiaj teb mus ua ntej.
Nkauj Nyiag tu siab, tsis noj tsis haus. Nws mus nyob ze ntawm lub ntxa ntawm nws tus hluas nraug. Nws quaj txog thaum lub zog tag, nws thiaj li tuag rau saum lub ntxa ntawd.
Tom qab nws tuag, ib tsob nroj txawv txawv tuaj loj saum nws lub ntxa :
Nkauj Nyiag los tshwm sim hauv npau suav, nws hais tias :
« Kuv tsis xav kom nej raug kev txom nyem. Yog nej mob nkeeg los yog tu siab, nej txiav kuv lub taub, nej yuav pom cov kua dawb. Cov kua ntawd yuav pab kom nej tsis hnov mob, thiab pab kom nej so plaws mus ntsib cov neeg uas nej hlub hauv npau suav. »
Vim li ntawd, txhua zaus pom Paj Yeeb, peb nco txog Nkauj Nyiag thiab txoj kev hlub uas tsis muaj hnub ntag.
Il y a très longtemps, il y avait une jeune fille Hmong d'une grande beauté, nommée Nkauj Nyiag. Elle avait un amoureux, ils s'aimaient profondément. Mais le jeune homme tomba malade et mourut, quittant ce monde avant elle.
Nkauj Nyiag eut le cœur brisé, ne mangea plus, ne but plus. Elle alla vivre près de la tombe de son bien-aimé. Elle pleura jusqu'à épuisement de ses forces, et mourut sur cette tombe.
Après sa mort, une plante étrange poussa sur sa tombe :
Nkauj Nyiag apparut dans les rêves, elle dit :
« Je ne veux pas que vous souffriez. Si vous êtes malades ou avez le cœur brisé, coupez la tête de ma plante, vous verrez la sève blanche. Cette sève apaisera votre douleur, et vous permettra de trouver le repos pour retrouver, en rêve, ceux que vous aimez. »
C'est pourquoi, chaque fois que nous voyons la Fleur de Pavot (Paj Yeeb), nous nous souvenons de Nkauj Nyiag et de cet amour éternel.
Dans son ouvrage de 1979, Jean Lartéguy rapporte une version plus sombre et charnelle de la légende, recueillie lors de ses voyages dans la Haute Région :
Il était une fois, dit-il, une très jolie fille hmong qui, contrairement aux coutumes de notre peuple, était restée vierge au-delà des limites convenables. Au point de devenir un sujet de convoitise. Juge donc, elle avait au moins vingt ans. Tous étaient amoureux d'elle mais sans succès et aucun n'avait été autorisé à venir, collé au mur de la maison, tout contre son lit, lui dire combien il l'aimait. Elle ne répondait à aucun chant d'amour, même à la discrète musique de guimbarde. Un garçon, plus amoureux que les autres, en perdit la raison. Il la surprit un jour où elle cultivait seule son ray, et l'obligea à lui céder, après une longue lutte. L'orgueilleuse, la chaste, découvrit en même temps le double plaisir de la jouissance et de l'humiliation et elle en fut éblouie. De sage elle devint folle, quitta son amant pour un autre et un autre encore, s'adonnant avec frénésie à tous les débordement de l'amour. Pour regagner le temps perdu, elle séduisait tous les hommes qui passaient, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, mariés ou non. Elle ne se lassait pas de faire l'amour, si bien qu'elle en perdit la santé. Avant d'en mourir, elle fit un vœu : « Quand on m'aura mise ne terre, que de mon sexe naisse une fleur, que son suc enivre les hommes comme l'ont fait mes caresses, qu'il leur rappelle le souvenir de celle qui les tant aimés, qu'il leur fasse connaître plus de plaisir encore qu'ils ne m'en ont donné. » Le Vieux Seigneur, Maître du Ciel, qui ce jour-là, n'ayant rien de mieux à faire, s'intéressait à ce qui passait sur terre et que cette prière avait surpris, l'exauça. Peut-être parce qu'on ne le la lui avait jamais faite. De la tombe de la jeune fille poussa une magnifique fleur de pavot. Lorsque les pétales tombèrent, apparut une capsule d'où suintait une sève blanche. Par son parfum puissant, elle rappelait à ses amants la folle jeune fille quand elle se donnait à eux. En songe, la belle leur apparut et leur enseigna comment recueillir le suc du pavot, au premier chant du coq, à l'heure où elle quittait leur couche, comment le préparer et comment le fumer, le soir quand elle les rejoignait. Elle leur promit de les retrouver dans les songes que leur procurerait le suc merveilleux. Ils pourraient se réjouir d'elle comme avant sans connaître ces regrets, ces fatigues qu'apporte souvent le plaisir.
Tous ceux qui avait aimé la folle jeune fille, tous ceux qui ne se consolaient pas de la perte, tous ceux à qui manquaient ses étreintes, ceux-là s'adonnèrent à la drogue. Depuis, bien des hommes firent de même. Les jeunes sont trop pressés de vivre ; pour connaître le regret, cela vient plus tard. Aussi ce sont les vieux qui demande à l'opium de les consoler. — J. Lartéguy, « Le Peuple de l'opium », Chap. 2.